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    May 31

    "Metz" , de Paul Verlaine

    "METZ " (Paul Verlaine)

     

    Je déteste l'artisterie

    Qui se moque de la Patrie

    Et du grand vieux nom de Français

    Et j'abomine l'Anarchie

    Voulant, front vide et main rougie,

    Tous peuples frères - et l'orgie !

    Sans autre forme de procès.

     

    Tous peuples frères ! Autant dire

    Plus de France, même martyre,

    Plus de souvenirs, même amers !

     Plus de la raison souveraine,

    Plus de la foi sûre et sereine,

    Plus d'Alsace et plus de Lorraine ...

    Autant fouetter le flot des mers.

     

    Autant dire au lion d'Afrique:

    Rampe et sois souple sous la trique.

    Autant dire à l'aigle des cieux:

    Fais ton aire dans le bocage

    En attendant la bonne cage

    Et l'esclavage et son bagage.

    Autant braver l'ire des dieux !

     

    Et quant à l’Art, c’est une offense

    A lui faire dès à l’avance

    Que de le soupçonner ingrat

    Envers la terre maternelle,

    Et sa mission éternelle

    D’enlever au vent de son aile

    Tout ennui qui nous encombrât.

     

    Il nous console et civilise,

    Il s’ouvre grand comme une église

    A tous les faits de la cité.

    Sa voix haute et douce est terrible

    Nous éveille du songe horrible.

    Il passe les esprits au crible

    Et c’est la vraie égalité.

     

    Ô Metz, mon berceau fatidique,

    Metz, violée et plus pudique

    Et plus pucelle que jamais !

    Ô ville où riait mon enfance,

    Ô citadelle sans défense

    Qu’un chef que la honte devance,

    Ô mère auguste que j’aimais.

     

    Du moins quelles nobles batailles,

    Quel sang pur pour les funérailles

    Non de ton honneur, Dieu merci !

    Mais de ta vieille indépendance,

    Que de généreuse imprudence,

     A ta chute quel deuil intense,

    Ô Metz, dans ce pays transi !

     

    Or donc, il serait des poètes,

    Méconnaissant ces sombres fêtes

    Au point d’en rire et d’en railler !

    Il serait des amis sincères

    Du peuple accablé de misères

    Qui devant ces ruines fières

    Lui conseilleraient d’oublier !

     

    Metz aux campagnes magnifiques,

    Rivière aux ondes prolifiques,

    Coteaux boisés, vignes de feu,

    Cathédrale toute en volute,

    Où le vent chante sur la flûte,

    Et qui lui répond par la Mute,

    Cette grosse voix du bon Dieu !

     

    Metz, depuis l’instant exécrable

    Où ce Borusse misérable

    Sur toi planta son drapeau noir

    Et blanc et que sinistre ! Telle

    Une épouvantable hirondelle,

    Du moins, ah ! Tu restes fidèle

    A notre Amour, à notre espoir !

     

    Patiente, ma belle ville :

    Nous serons mille contre mille,

    Non plus un contre cent, bientôt!

     À l'ombre, où maint éclair se croise,

     De Ney, dès lors âpre et narquoise,

    Forçant la porte Serpenoise,

    Nous ne dirons plus: ils sont trop!

     

    Nous chasserons l'atroce engeance

    Et ce sera notre vengeance

    De voir jusqu'aux petits enfants

    Dont ils voulaient - bêtise infâme!

    ­Nous prendre la chair avec l'âme,

    Sourire alors que l'on acclame

    Nos drapeaux enfin triomphants!

     

    Ô temps prochains, ô jours que compte

     Éperdument dans cette honte

    Où se révoltent nos fiertés,

    Heures que suppute le culte

    Qu’on te voue, ô ma Metz qu’insulte.

    Ce lourd soldat, pédant inculte,

    Temps, jours, heures, sonnez, tintez !

     

    Mute, joins à la générale

    Ton tocsin, rumeur sépulcrale,

    Prophétise à ces lourds bandits

    Leur déroute absolue, entière

    Bien au-delà de la frontière,

    Que suivra la volée altière

    Des Te Deum enfin redits !

     

    Paris, le 17 Septembre 1892

    June 13

    Pour un lopin de terre...

    « Pour un lopin de terre ! »

     

     

    Tu te souviens, grand-père, c’était le 11 novembre…

    Ils ont parlé de nous à la télé! Enfin… de notre terre !

    Ils ont parlé de tout, mais surtout des cimetières !

    Des grandes terres blessées, de la Somme à Verdun

    De leurs morts à eux, de toute cette foutue guerre,

    … « Pour, comme ils disent : un lopin de terre ! »

    Jamais ils n’ont parlé de la souffrance de ceux d’ici,

    Du souvenir de ceux qui reposent à Chambières !

    Pourtant tu le savais, toi, que cette guerre

     N’avait fait que réparer un déni de justice :

    Cette double trahison de mille huit cent soixante dix,

    Quand,

    Trahies par les siens, « ceux qui se disent français »,

    Moselle fut annexée et Metz occupée !

    Sénateurs pédants, Soldats dépités

    Généraux incompétents, députés « des loin d’ici »,

    De Paris à Nice en passant par Tomblaine ou Nancy,

    Tous !

    Ces traîtres sans pareil, « Bazaines d’appareils »,

    Voulaient faire de vous des teutons,

    De nous des « boches », comme ils disent !

    Savaient-ils, ces gens-là, ton père directeur d’école 

    Déchu de son métier, jeté au panier ?

    Du maître des classes, ils ont fait, alors, à son corps défendant,

    Un cafetier devenu depuis, avec le temps, paysan et résistant…

    Il enseignait, alors, le soir, à la veillée,

    La langue de Verlaine, pour ne pas l’oublier,

    Préservant la culture, protégeant vos racines!

    Premières résistances de l’annexé envers un occupant

    Qui se méfiait alors de vous, intégration ratée

     Pour l’avoir voulu, de force, imposer :

    Supprimer le français pour la langue de Goethe !

    Le Temps…le Lieu…l’Action : la Tragédie était écrite !

    Mais..

    « Si communion est imposée, la messe n’est pas dite ! »

    Jamais, dans nos campagnes  langue ne fut si bien parlée,

    Si bien écrite, car si bien châtiée !

    Effronteries faites à Werther

    Pied de nique de Frédérique à Marguerite !

    Si Alsace fut allemande, jamais Moselle ne le fut !

    Ces gens priaient alors « Notre-dame de Sion »,

    Et leurs pensées inspirées allaient de vaux en monts,

    Comme leur profonde la seule, l’unique, aspiration 

    À respirer cet air si pur qu’on trouve à Vaudémont,

    Leur choix était comme les madeleines sous la dent :

    Biscuit simple au cœur tendre, au parfum entêtant

    Leur croix était d’Anjou leur droit de Lorraine,

    Leur évangile, loin de celui de saint Jean,

    Etait « la ligne bleue », si chère à Barres encadrée de ciel blanc,

    Et de  leurs hauts-fourneaux, au cœur couleur rouge sang !

    Ils ont parlé de tout, mais fait fi de vos misères !

    Brimades coutumières, vaches, moissons réquisitionnées,

    Chevaux confisqués « qui partaient faire la guerre »

    Du côté de Verdun ! Jeunes gens raflés,

    De force enrôlés, envoyés « les mauvaises graines »,

    Vers l’est, la Pologne, la Baltique et l’Ukraine !

     

    Ils ont parlé des morts mais oubliés ceux qui survivaient,

    La fin de cette guerre, l’indépendance ratée, tuée…par les Français !

    Ceux qui, prisonniers de décisions racistes et politiques :

    Nés allemands, ont, en mille neuf cent dix huit, les misères, la déchéance, l’exil subi

    Tu avais dit alors : plus jamais ça!Mais il y eut « quarante » et tout ce qui suivit !

    Strasbourg eut l’Europe à ses pieds,

    Nancy conserva Briey et  notre université!

    Moselle n’eut que ciel et Seille, pour pleurer ses larmes salées !

    Ton visage a pâli, tes yeux se sont alors mouillés,

    Tu as tourné le dos pour nous cacher ces larmes qui coulaient…

    Et tu ne nous en as, alors, jamais plus reparlé !

    De ce temps là, où les Français nous ont enterré !

    Mais nous, avec le temps qui passe, on a tout deviné :

    La grosse peine, tout le chagrin qui t’habitait !

     

    Ils ont parlé de nous, enfin…de notre terre !

    Je crois que ce jour là, c’était un jour de novembre,

    Ils t’ont, avec le temps, une dernière fois, bien enterré !

    …Même s’ils ont « oublié » d’en parler !

    March 26

    Partisans "grenat"

    Messin, entends-tu les clameurs des barbares sur nos plaines ?
    Ami, entends-tu les cris sourds et les pleurs qu’ils entraînent ?
    Ohé, Mosellans, ouvriers ou paysans, c'est notre âme.
    Ce soir l'adversaire connaîtra le prix des pleurs et les larmes.

    Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
    Portez les joueurs aux maillots, tant chéris, vers la gagne.
     « Ohé, les tueurs à la balle et au grand coeur, tuez vite !
    Ohé, footballeur, attention à tes valeurs : dynamite !... »

     

    Nous sommes les grenats, supporters, toujours là, sur les routes

    Garants des valeurs, qui les mettent, tous au fond, en déroute

    Ici, le pognon, ne protège pas des vents de la  défaite

    C’est en avançant que l’on trouve les victoires et la fête !

    C'est nous qui brisons les barreaux des prisons de nos pères.
    La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
    Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
    Ici, nous, vois-tu, nous on joue et nous on sue, nous on gagne...

    Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.
    Footeux, si tu doutes, laisses un autre sortir de l'ombre à ta place.
    Demain la sueur sèchera sur ton maillot, sur tes doutes.
    Chantez, compagnons, dans la nuit la France du foot nous redoute...

    Ami, entends-tu ces cris sourds du pays de Lorraine ?
    Ami, supporter, c’est semer notre confiance sur vos doutes,
    Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh...

    Pour un lopin de terre

    « Pour un lopin de terre ! »

     

     

    Tu te souviens, grand-père, c’était le 11 novembre…

    Ils ont parlé de nous à la télé! Enfin… de notre terre !

    Ils ont parlé de tout, mais surtout des cimetières !

    Des grandes terres blessées, de la Somme à Verdun

    De leurs morts à eux, de toute cette foutue guerre,

    … « Pour, comme ils disent : un lopin de terre ! »

    Jamais ils n’ont parlé de la souffrance de ceux d’ici,

    Du souvenir de ceux qui reposent à Chambières !

    Pourtant tu le savais, toi, que cette guerre

     N’avait fait que réparer un déni de justice :

    Cette double trahison de mille huit cent soixante dix,

    Quand,

    Trahies par les siens, « ceux qui se disent français »,

    Moselle fut annexée et Metz occupée !

    Sénateurs pédants, Soldats dépités

    Généraux incompétents, députés « des loin d’ici »,

    De Paris à Nice en passant par Tomblaine ou Nancy,

    Tous !

    Ces traîtres sans pareil, « Bazaines d’appareils »,

    Voulaient faire de vous des teutons,

    De nous des « boches », comme ils disent !

    Savaient-ils, ces gens-là, ton père directeur d’école 

    Déchu de son métier, jeté au panier ?

    Du maître des classes, ils ont fait, alors, à son corps défendant,

    Un cafetier devenu depuis, avec le temps, paysan et résistant…

    Il enseignait, alors, le soir, à la veillée,

    La langue de Verlaine, pour ne pas l’oublier,

    Préservant la culture, protégeant vos racines!

    Premières résistances de l’annexé envers un occupant

    Qui se méfiait alors de vous, intégration ratée

     Pour l’avoir voulu, de force, imposer :

    Supprimer le français pour la langue de Goethe !

    Le Temps…le Lieu…l’Action : la Tragédie était écrite !

    Mais..

    « Si communion est imposée, la messe n’est pas dite ! »

    Jamais, dans nos campagnes  langue ne fut si bien parlée,

    Si bien écrite, car si bien châtiée !

    Effronteries faites à Werther

    Pied de nique de Frédérique à Marguerite !

    Si Alsace fut allemande, jamais Moselle ne le fut !

    Ces gens priaient alors « Notre-dame de Sion »,

    Et leurs pensées inspirées allaient de vaux en monts,

    Comme leur profonde la seule, l’unique, aspiration 

    À respirer cet air si pur qu’on trouve à Vaudémont,

    Leur choix était comme les madeleines sous la dent :

    Biscuit simple au cœur tendre, au parfum entêtant

    Leur croix était d’Anjou leur droit de Lorraine,

    Leur évangile, loin de celui de saint Jean,

    Etait « la ligne bleue », si chère à Barres encadrée de ciel blanc,

    Et de  leurs hauts-fourneaux, au cœur couleur rouge sang !

    Ils ont parlé de tout, mais fait fi de vos misères !

    Brimades coutumières, vaches, moissons réquisitionnées,

    Chevaux confisqués « qui partaient faire la guerre »

    Du côté de Verdun ! Jeunes gens raflés,

    De force enrôlés, envoyés « les mauvaises graines »,

    Vers l’est, la Pologne, la Baltique et l’Ukraine !

     

    Ils ont parlé des morts mais oubliés ceux qui survivaient,

    La fin de cette guerre, l’indépendance ratée, tuée…par les Français !

    Ceux qui, prisonniers de décisions racistes et politiques :

    Nés allemands, ont, en mille neuf cent dix huit, les misères, la déchéance, l’exil subi

    Tu avais dit alors : plus jamais ça!Mais il y eut « quarante » et tout ce qui suivit !

    Strasbourg eut l’Europe à ses pieds,

    Nancy conserva Briey et  notre université!

    Moselle n’eut que ciel et Seille, pour pleurer ses larmes salées !

    Ton visage a pâli, tes yeux se sont alors mouillés,

    Tu as tourné le dos pour nous cacher ces larmes qui coulaient…

    Et tu ne nous en as, alors, jamais plus reparlé !

    De ce temps là, où les Français nous ont enterré !

    Mais nous, avec le temps qui passe, on a tout deviné :

    La grosse peine, tout le chagrin qui t’habitait !

     

    Ils ont parlé de nous, enfin…de notre terre !

    Je crois que ce jour là, c’était un jour de novembre,

    Ils t’ont, avec le temps, une dernière fois, bien enterré !

    …Même s’ils ont « oublié » d’en parler !